Maroc : derrière la Coupe d’Afrique des nations, l’extermination des chiens errants à l’approche de la Coupe du monde

Au Maroc, les projecteurs sont braqués sur les stades, les pelouses impeccables et les tribunes en fête. Mais, juste derrière cette belle vitrine sportive, une autre réalité se joue dans l’ombre. Celle de milliers de chiens errants traqués, abattus ou empoisonnés, au nom de la propreté urbaine et de l’image du pays à l’approche de la Coupe d’Afrique des nations et surtout de la Coupe du monde 2030.

Des chiens abattus pour “faire propre” avant les grandes compétitions

Chaque année, des associations locales et internationales accusent les autorités marocaines d’éliminer massivement les chiens errants. Certaines organisations parlent de centaines de milliers de chiens tués pour “nettoyer les rues” et rendre les villes plus présentables aux visiteurs étrangers.

Ces opérations se déroulent souvent à l’aube ou de nuit. Des témoignages évoquent des tirs à balles réelles, des empoisonnements à la strychnine, des cadavres abandonnés au bord des routes ou près des décharges. Rien de discret désormais. Des vidéos circulent sur les réseaux sociaux, tournées à Casablanca, Rabat, Salé ou dans des communes périphériques.

Officiellement, l’abattage des chiens errants aurait été interdit en 2024. Dans les faits, de nombreux habitants continuent de signaler des campagnes de “nettoyage” peu avant les grands événements sportifs. Une contradiction qui choque, divise et inquiète.

Un vrai problème de santé publique… mais des réponses brutales

Pour comprendre cette situation, il faut regarder aussi l’autre face du problème. Le Maroc compte plusieurs millions de chiens et chats errants. Dans certains quartiers, ils se déplacent en meute. Les morsures et griffures sont fréquentes.

Chaque année, près de 100 000 personnes seraient victimes de morsures ou de griffures de chiens errants, selon des chiffres relayés par des agences de presse. La rage n’a pas disparu. Des dizaines de décès liés à cette maladie mortelle sont encore recensés, en particulier chez les enfants.

Beaucoup de familles ont peur. Certaines interdisent à leurs enfants de sortir seuls. D’autres racontent des accidents graves, comme ce jeune footballeur marocain décédé en fuyant des chiens dont il avait une phobie. Dans ce contexte, les autorités locales choisissent souvent la solution la plus rapide, mais aussi la plus violente : tuer les animaux, au lieu de traiter la cause du problème.

Pourquoi y a-t-il autant de chiens errants au Maroc ?

Les chiens qui vivent dans la rue ne sont pas “tombés du ciel”. La majorité sont, à l’origine, des animaux abandonnés ou issus d’animaux non stérilisés. Pendant des décennies, la stérilisation est restée marginale, coûteuse, et peu connue du grand public.

Beaucoup de propriétaires la jugent encore inutile, voire contraire à leurs habitudes. Résultat : les portées se succèdent, les chiots non désirés sont déposés loin de la maison ou laissés dans les terrains vagues. Année après année, la population de chiens sans foyer explose.

S’y ajoute un autre facteur : l’éducation au respect de l’animal est faible. Nombre d’enfants apprennent à se défendre en lançant des pierres ou en frappant les chiens. L’animal, blessé ou terrorisé, finit par riposter. Un cercle de violence se crée et renforce la peur des habitants.

TNVR : la méthode douce que le Maroc peine à appliquer

Face à l’inefficacité des tueries répétées, des vétérinaires et associations défendent une autre voie : le TNVR, pour “trap, neuter, vaccinate, return” (capturer, stériliser, vacciner, relâcher). Cette stratégie est recommandée par l’Organisation mondiale de la santé dans les pays où la rage est présente.

Le principe est simple : on capture les chiens errants, on les stérilise, on les vaccine contre la rage, on les identifie, puis on les relâche sur leur territoire d’origine. Avec le temps, la population diminue naturellement. Les chiens restent, mais ils ne se reproduisent plus et deviennent moins dangereux, car vaccinés et plus habitués à l’humain.

En 2019, le Maroc a signé une convention nationale autour de ce programme. Plusieurs ministères, l’office de sécurité sanitaire et l’ordre des vétérinaires y ont participé. Le roi a même alloué une somme importante pour soutenir ces actions. Sur le papier, tout semblait prêt pour changer de modèle.

Mais sur le terrain, la réalité est tout autre. Le TNVR avance lentement, très lentement. Peu de communes l’appliquent réellement. Les structures manquent. Les budgets sont flous. Et les anciennes pratiques d’éradication continuent, parfois à quelques kilomètres seulement des nouveaux centres de soin.

Des dispensaires modernes… et des scandales qui éclatent

Pour montrer sa bonne volonté, le Maroc met en avant la création de dispensaires vétérinaires régionaux, présentés comme des modèles. Ils sont censés accueillir les chiens errants, les soigner et appliquer le programme TNVR. Une trentaine de centres de ce type sont annoncés à terme.

Pourtant, là encore, l’image officielle se heurte à des témoignages choquants. Des vidéos tournées dans l’un de ces centres, près de Rabat, ont montré des chiens morts dans leurs cages, d’autres affamés, contraints de se nourrir sur des cadavres. Des scènes d’abandon et de souffrance, à l’opposé total du discours affiché.

L’association gestionnaire du site a expliqué qu’elle venait à peine de reprendre le centre au moment du scandale. Depuis, les responsables affirment avoir amélioré les conditions, modernisé les installations et respecté la convention de 2019. Officiellement, tout est désormais “conforme” et tourné vers le bien-être animal.

Mais la confiance est brisée. Les défenseurs des animaux restent prudents, et de nombreux citoyens se demandent encore où va réellement l’argent censé financer ces structures et ces campagnes de stérilisation.

Un projet de loi qui criminalise… la compassion ?

Comme si la situation n’était pas assez tendue, un projet de loi sur les animaux errants est venu mettre de l’huile sur le feu. Dans l’une de ses versions, un article prévoyait d’interdire à toute personne de nourrir, héberger ou soigner un animal errant. Les contrevenants risqueraient des amendes significatives.

Pour les associations, c’est un choc. Les bénévoles qui, chaque jour, donnent de leur temps pour nourrir les chiens et chats des rues se sentiraient ainsi traités comme des délinquants. Beaucoup y voient une manière de faire disparaître les animaux sans témoins gênants. La contestation s’est vite organisée, à travers des pétitions, des campagnes sur les réseaux sociaux et des manifestations.

Les autorités, elles, justifient ce type de mesures par la lutte contre la rage et la protection de la population. Elles estiment que nourrir des meutes entières sans cadre sanitaire peut augmenter les risques. Mais interdire toute aide risque surtout de couper le dernier lien fragile entre l’animal et l’humain.

Coupe du monde 2030 : quelle image le Maroc veut-il montrer ?

Avec la coorganisation de la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal, le Maroc se sait observé. Des personnalités internationales, comme Brigitte Bardot, ont déjà interpellé la FIFA pour dénoncer les massacres de chiens errants. Certaines vont jusqu’à demander la disqualification du pays si ces pratiques perdurent.

Le gouvernement, lui, cherche à rassurer. Il parle d’interdiction d’abattage, de TNVR, de centres modernes, de stratégie alignée sur les standards internationaux. Mais tant que les témoignages d’empoisonnements et de fusillades continuent à sortir, la crédibilité de ce discours reste fragile.

Derrière la question de l’image, il y a aussi une interrogation plus profonde : quelle place accorde-t-on à l’animal dans la société ? Un pays peut-il se dire moderne, attractif et tourné vers l’avenir, tout en traitant ses chiens errants comme des déchets à éliminer avant l’arrivée des caméras ?

Vers une autre relation aux animaux : et si c’était possible ?

Changer de modèle ne se fera pas en un mois, ni même en un an. Mais des pistes concrètes existent. Elles sont déjà appliquées dans d’autres pays confrontés aux mêmes problèmes. Et plusieurs acteurs au Maroc les défendent depuis longtemps.

  • Généraliser la stérilisation à bas coût ou gratuite, avec des campagnes régulières, ciblées sur les animaux de compagnie et les chiens des rues.
  • Former les communes et les agents municipaux aux méthodes de capture douce, sans violence, et au respect du TNVR.
  • Créer de vraies données publiques : nombre d’animaux stérilisés, vaccinés, relâchés, budget utilisé, résultats sur plusieurs années.
  • Soutenir les associations plutôt que les punir : subventions, accès aux structures, partenariats avec les vétérinaires.
  • Éduquer les enfants à la relation à l’animal, au respect, aux bons gestes en cas de rencontre avec un chien errant.

De nombreuses études montrent que le TNVR coûte, à moyen terme, moins cher que les campagnes d’abattage répétées. Il réduit les risques de rage, apaise la cohabitation dans les quartiers et améliore l’image internationale du pays. C’est une stratégie lente, oui. Mais c’est la seule qui traite la cause, pas seulement le symptôme.

Entre football et éthique : un choix de société

La Coupe d’Afrique des nations et la future Coupe du monde offrent au Maroc une occasion unique de briller. Infrastructures modernes, stades pleins, ferveur populaire. Le pays montre son savoir-faire et son hospitalité. Mais ces compétitions mettent aussi en lumière ce qu’on préfère cacher.

Derrière chaque chien abattu, il y a une question simple : jusqu’où est-on prêt à aller pour “faire propre” avant l’arrivée des touristes ? Au fond, ce débat dépasse le seul Maroc. Il interroge notre rapport collectif aux animaux dits “indésirables” et la valeur que nous accordons à la vie, même la plus vulnérable.

Le Maroc a déjà posé les premiers jalons d’une politique plus respectueuse, avec la convention de 2019 et les principes du TNVR. Reste à savoir si ces engagements resteront des mots sur le papier ou s’ils deviendront, enfin, une réalité visible dans les rues, loin des tribunes et des caméras.

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Auteur/autrice

  • Consultant·e SEO passionné·e de gastronomie, Camille Vasseur accompagne depuis dix ans de grands sites culinaires et lifestyle en France. Spécialisé·e dans le référencement et l’optimisation de contenus, Camille aime lier découverte des saveurs, voyage et partage d’astuces maison. Avec une veille constante sur les tendances alimentaires, les destinations gourmandes et l’actualité du secteur, Camille contribue à Pizza Leo pour offrir aux lecteurs une expérience riche, authentique et toujours bien positionnée sur Google.

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